mercredi 18 janvier 2023

SMILE

Etats-Unis 2022 

De Parker Finn

Avec Caitlin Stasey, Jessie Usher, Kyle Gallner, Sosie Bacon

Sous ses airs de petit film sans prétention (il ne devait pas sortir sur grand écran au départ), Smile se trimballe une réputation plutôt élogieuse. Car voilà (et n'en déplaise à certains) un film d'horreur intelligent dans son propos, même si un peu trop cousu de fil blanc quant au développement de son intrigue. 

 

Les spectateurs plus coutumiers du genre (comme moi) auraient sans doute aimé plus de mystère, plus d'opacité, afin de laisser le fantastique s'installer plus insidieusement. Mais les idées sont belles, ça me fait penser à It Follow avec le concept de la chaîne de malédiction, tout en évoquant de manière plus ou moins subtile le traumatisme du suicide. Évidemment le quota de jumpscare sera remplit et la bande-son demeurera suffisamment traumatisante pour créer de la tension, mais tout cela reste assez convenu.

 



En revanche, le final cohérent et implacable poussera l'horreur à son paroxysme, avec une scène vraiment efficace dans laquelle la malédiction incarne son propos de manière graphique et cauchemardesque. Rien que pour cela, le film vaut le détour.

Smile, tout comme certains de ces éminents confrères, démontre bien que le fantastique reste et restera le royaume de l'allégorie.

samedi 5 novembre 2022

HELLRAISER 2022 (Hulu)

 

Enfin vu le dernier Hellraiser Hulu - 2022 avec David Bruckner à la réalisation. Et je suis agréablement surpris. Depuis 1987, cette franchise longue de 11 séquelles, nourrie à travers sa mythologie très particulière, une fascination justifiée auprès du public (bien qu'ayant été souvent malmenée par des adaptations foireuses).

Ici, le film prend son temps (dans la première partie), distillant une atmosphère onirique et déprimante à l'image du personnage principal, Riley : une jeune toxicomane en rémission. Et on éprouve une réelle empathie pour cette jeune femme toujours sur le fil, cette âme triste, malmenée par les cénobites, alors qu'elle a déjà fort à faire avec la vie.
Il y a une réelle note d'intention artistique et métaphorique de la part de David Bruckner (l'enfer des addictions : drogue, sexe, pouvoir...) et les conséquences pour l'entourage).
 
En outre, les cénobites (à mon goût trop exposés dans la dernière partie) sont de toute beauté (nouveau look), ressemblant presque à des anges déchus. Il y a d'ailleurs un vrai contraste (via la photographie) entre la grisaille du monde réel et le rayonnement macabre de ces émissaires de l'enfer.
 
Bref, Hellraiser Hulu - 2022 est une bonne surprise avec quelques scènes d'anthologie (l'art de la citation et du sévice). On souffre réellement pour les malheureuses victimes, le tout dans une ironie froide et cruelle.
 
A ne pas oublier, non plus, la BO du film qui n'est pas sans rappeler celle de Christopher Young, compositeur des premiers Hellraiser, ainsi que la Mouche 2 et La Mutante, pour ne citer qu'eux.
Cerise sur le gâteau, Clive Barker (le romancier à l'origine de l'univers des Cénobites), est plutôt enjoué par cet opus, dont il dit qu'il lui a donné envie d'écrire un nouveau roman sur le sujet.
 

"save your breath for screaming"


A voir donc...

jeudi 19 septembre 2019

L'Etrange Festival

 Un énorme merci à Laurent Courau, fondateur de LaSpirale.org - Un Ezine pour les Mutants Digitauxl et réalisateur de l’onirique et apocalyptique Les Sources Occultes [première mondiale à L'Étrange Festival] qui m’a embarqué dans le carrousel de L'Étrange Festival dont c’était le 25ème anniversaire. Des découvertes cinématographiques, des redécouvertes... mais surtout des rencontres. Laurent merci d’avoir été mon guide dans ce joyeux chaos, tu m’as convaincu du pouvoir de la bienveillance !
#leslocataires #Ténèbres #Editionsexaeaquo #roman #romanfantastique #littérature #DamienCoudier #littératurefantastique #fantastique #jeunesauteurs #romancourt #Poe #Lovecraft #gothique #Laurentcourau #laspirale #letrangefestival

mercredi 18 septembre 2019

The Dead Don't Die

The Dead don't die
USA 2019
De Jim Jarmusch
Avec Bill Murray, Adam Driver
Tilda Swinton,Chloë Sevigny

Sur le papier, The Dead don't die a tout pour émoustiller le cinéphile, un auteur talentueux, un casting trois étoiles (Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Danny Glover et bien d'autres...) et un thème plus qu’iconique : le film de zombies. Il faut dire que l’homme n’en est pas à sa première réappropriation des genres : le western (Dead Man), le film de Samurai (Ghost Dog) et même les vampires (Only Lovers Left Alive). Si, pour les deux premières du moins, cette incursion nous a donné à voir des œuvres puissantes et personnelles, on en espérait autant de ce nouvel essai.

La première partie du film, plante le décor dans une l’Amérique profonde et dresse des portraits aussi variés qu'attachants. Hélas, en dehors de cette belle introduction, le film ne décolle jamais. La faute à un réalisateur qui, dans son propos, aborde le film de zombies avec une condescendance embarrassante.

Et le naufrage commence dès la première apparition des morts-vivants, pire là où le film est censé prendre son envol, il s'essouffle, disséminant chez le spectateur un ennui presque gêné. Le scénario, tombe dans la facilité d’une série Z, tout en se targuant que tout cela est bien entendu voulu. Les multiples références à la Nuit des Morts Vivants de Georges Romero laissent de marbre, voir agacent, par l’arrogance scénaristique de son réalisateur. Jim Jarmusch vise le pamphlet politique et s’amuse à déconstruire l’Amérique de Trump sans aucune finesse. Tilda Swinton est une caricature d’elle-même, ce qui la rend insupportable. Le duo Bill Murray et Adam Driver amuse et déconcerte par leur nonchalance ou apathie, ce qui nous laisse croire que ces postures n’ont rien d’anodines. Car cet humour pince-sans-rire, dévoile un film trop conscient de lui-même qui s’auto congratule et verse dans l’autoréférence. 

The Dead Don’t Die crée dès lors un parallèle étrange entre la filmographie du cinéaste et la parodie du cinéma de genre. Les références à ses précédents films sont fortement appuyées, Iggy Pop et son obsession pour le café (Coffee and Cigarettes), quand on n’entre pas clairement dans le méta discours (avec entre autre le personnage d’Adam Driver).

En faisant de The Dead don’t die un film trop conscient de lui-même, Jarmusch irrite et fait de son long-métrage un spectacle qui laissera, les cinéphiles comme la plupart des spectateurs, circonspects.

jeudi 26 mars 2015

The Voices

(2015)
Etats Unis / Allemagne
 Marjane Satrapi
Avec Anna Kendrick, Gemma Arterton,
Jackie Weaver, Ryan Reynolds


Marjane Satrapi (Persépolis) aborde avec une apparente légèreté le thème de la folie et plante son décor acidulé à Milton, petite ville paumée des Etats-Unis. Cette cité village quelque peu aseptisée où tout le monde se connait, inventée pour les besoins du scénario, sera le terreau idéal de son expérimentation cinématographique et d’une réflexion tendre et décalée sur la solitude et l’aliénation comme réponse à la souffrance.

Dans cet environnement monotone et tranquille, tout est beau, rose et charmant, du moins aux yeux de Jerry (Ryan Reynolds) manœuvre dans une fabrique de baignoires, principal poumon économique de la ville. Jerry est un garçon gentil, la politesse maladroite, mais possède une perception quelque peu particulière de la réalité. Jerry entend des voix et converse régulièrement avec son chien et son chat, faisant respectivement office de bonne et mauvaise conscience. Constamment  béat quant à l’univers qui l’entoure, du moins quand il ne prend pas son traitement, Jerry paraît d’autant plus fragile, lorsqu’il s’éprend de sa collègue Fiona et la tue par accident. Aux prises avec ses états d’âmes et la présence intrusive de ses voix, Jerry enchaînera les catastrophes et les cadavres bien malgré lui, s’enfonçant chaque jour un peu plus dans sa névrose.



Personnage centrale du film, Ryan Reynolds déploie ici une palette d’émotions incroyables et incarne avec brio un rôle sur le fil, à la fois grave et léger. Complice de la réalisatrice, il réussit à nous faire aimer cet être fragile, innocent et esseulé en dépit de ses actes ignobles et impardonnables.



Marjane Satrapi au détour de chaque scène embarque son spectateur, sans que jamais la lassitude le gagne. Imposant son style (sa patte oserai-je dire) et ses intentions, la réalisatrice se délecte à confondre les prismes du sordide et du surréalisme le plus sucré. Le paraître révélant l’être, sa réalisation reflète ainsi la pellicule mentale de son héros, ponctuée par de dramatiques retours à la lucidité.

 

L’absurde et l’étrange sont ainsi intimement liés à une notion bien réelle, celle de la folie. La réalisatrice choisi une vision enchanteresse et comique des turpitudes de son héros, permettant ainsi au spectateur de soulager ce qu’il voit par un rire salutaire, une manière comme un autre de le préserver de l’effroi et de surmonter l’insoutenable vérité. Mais dans un souci d’humanité, le rire fini toujours par avoir un goût amer, celui d’une douloureuse réalité. Aussi, à l’image de Jerry, on finit par replonger, se bercer de déni et croire que tout finira par s’arranger. Marjane Satrapi a réussi son pari en révélant chez le spectateur sa capacité d’empathie, démontrant que l’amour est un besoin universel et que la solitude engendre la folie.



Voyage au-delà du déjà vu, The Voices regorge de détails insolites, presque subliminaux (un poster par-ci, une étiquette par-là…), comme dans l'appartement de Jerry directement raccord avec sa psyché et ses humeurs. Dans le fond, comme dans la forme, la réalisation de Marjane Satrapi fait preuve d’une subtilité si tranchée qu’elle mériterait dans la foulée une seconde vision tant il y a de richesses à exploiter.

jeudi 31 juillet 2014

Mister Babadook

Australie 2013
De Jennifer Kent
Avec Essie Davis, Noah Wiseman


Auréolé de nombreux prix depuis le festival de Sundance et précédé d’un bouche à oreille plus qu'élogieux, on peut dire que le film de Jennifer Kent n'a en rien usurpé sa réputation.



Mister Babadook sous ses apparats terrifiants de conte macabre et fantastique nous narre la souffrance d'Amelia qui, depuis la mort brutale de son mari, peine à élever Samuel, son fils de six ans turbulent en proie à d'incessants cauchemars.



En quelques plans tout est dit, Jennifer Kent nous fait entrer dans l'intimité de ce duo fragilisé, isolé par la condescendance voir la méfiance d'un entourage peu concerné par ce qu'ils traversent, si ce n'est sur les répercussions que cela peut avoir sur leur vie bien rangé. La réalisatrice nous prend par la main, s'insinue doucement dans la détresse de cette mère qui surnage dans le deuil et dépeint par touches ingénieuses sa vie qui lui échappe vampirisée par l'amour envahissant de son fils.



Mister Babadook, c’est l'intrusion du fantastique dans le quotidien par l'intermédiaire d'un livre éponyme mystérieusement posé sur leur étagère, un livre qui semble les avoir choisis et dont l’aura malfaisante n’aura de cesse de grandir de manière oppressante. Tout au long du film, deux points de vue s'opposent, coïncident, s'affrontent jusqu'à se confondre subtilement à travers la mère et le fils. Jennifer Kent témoigne d’une sensibilité peu commune, d’une mise en scène subtile et habile et saura tenir son propos sur le fil de l'ambigüité, du réel au surnaturel. Très vite le lien entre une douleur qui ne peut s'apprivoiser et l'éducation de l’enfant devient dès lors évident.



La réalisatrice nous fait grâce des effets chocs qui confinent trop souvent au ridicule, au profit d’une horreur artisanale qui se nourrit de peu d'artifices : un livre angoissant aux illustrations terrifiantes, une  bande son efficace, des acteurs habités, Jennifer Kent a bien comprit que le plus important dans un film ce sont les personnages et que sans empathie pas de frissons. La réalisatrice croit au pouvoir des ombres et soigne son monstre, le confinant dans le doute et l’invisible, abandonnant au moment opportun une silhouette longiligne  noire pourvue de griffes métalliques pour le  murmure d'une voix malade et sépulcrale.




Mister Babadook est un miroir schizophrène aux confins de l'amour et de la douleur. Comme tout conte qui se respecte il est une métaphore, le monstre du placard quant à la folie de sa mère pour l'un, la transcendance du deuil et de l'aliénation pour l’autre. Mister Babadook existe bien, il est le croquemitaine pour les enfants et bien pire pour les adultes car Jennifer Kent nous prouve avec une terrifiante efficacité que la folie est monstre caché au fond de soi.

vendredi 23 août 2013

The Conjuring : les dossiers Warren


USA 2013
De James Wan
Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson,
Lili Taylor, Ron Linvingston,
Shanley Caswell, Hayley McFarland,
Joey King, Mackenzie Foy

En artisan de l'épouvante méticuleux et en fan du cinéma de genre, James Wan nous fait partager sa passion de façon toujours aussi communicative (Dead Silence, Insidious). Pour notre plus grand bonheur, il revisite ici un grand classique, celui de la maison hanté.  
Si The Conjuringles dossiers Warren, n'est pas une révolution du genre, il respecte avec un délice malsain le cahier des charges du parfait film d'épouvante. Plus qu'une succession de poncifs, c'est une plongée sincère dans un cinéma apprécié des amateurs de frissons période VHS et soirées télé (Amytiville, la maison de l'horreur, l'exorciste).
 
 
En complice des amateurs que nous sommes, James Wan applique des règles que nous connaissons par coeur, nous permettant de les redécouvrir avec la même pureté que les oeuvres que nous avons aimé. Mieux : de les revivre avec frisson et plaisir. Dans ce parcours cinématographique parfaitement balisé, James Wan s'amuse avec son public et parvient même à le surprendre sur son propre terrain.

Le réalisateur prend son temps, pose le cadre, fait monter la tension et le surnaturel lentement mais surement. La pression est là et ne redescend jamais, on a peur, peur pour cette famille au prise avec cette entité maléfique, peur pour les enfants... .



Et tout cela sans débordements de violence gratuite et d'effets chocs grossiers (pas de jump scare inutiles, d'effets spéciaux outranciers). James Wan use de silences ou d'effets sonores terrifiants (comme pour Sinister de Scott Derikson la bande-son joue un rôle essentiel). L'empathie est là, tout est là, jusqu'au final éprouvant, hystérique, aux scènes pourtant si simples et si terribles (un drap peut suffire...). Tout est extrement bien ficelé, authentique... nostalgique, peut être trop pour celles et ceux qui comme moi cherchent de nouvelles frontières à la peur. Mais quand même quel bon souvenir !

mardi 28 mai 2013

Mama

Espagne / Canada 2013
De Andres Muschietti
Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau,
Megan Charpentier, Isabelle Nelisse









Mama, c’est d’abord une histoire d’amour, celle de Guillermo del Toro pour un short film terriblement efficace (3 min en plan séquence), diffusé en 2008 sur le web, de l’argentin Andrés Muschietti. Sous le charme, le producteur mexicain encourage le jeune réalisateur à transformer son court en long. Une histoire d’amour également, parce que le film de Muschietti nous parle de maternité, d’attachement et de jalousie, d’un combat entre une figure maternelle en devenir et une autre terrifiante, figée dans la douleur et inconsolable.


Dès les premières minutes, Mama donne le ton, celui d’une fable horrifique qui se heurte à la froideur du monde moderne. Celui de Jeffrey (Nicolaj Coster-Waldau), trader ruiné depuis la crise qui, basculant dans la folie, tue sa femme et kidnappe ses deux filles Victoria et Lilly (Megan Charpentier et Isabelle Nelisse). Après un accident de voiture, il erre avec ses filles dans une forêt et tombe sur une vieille maison abandonnée. Une fois à l’intérieur et alors qu’il s’apprête à commettre l’irréparable, il est tué par une entité mystérieuse qui se prend d’affection pour les deux orphelines.


Cinq années plus tard, Victoria et Lilly sont retrouvées à l’état d’enfants sauvages dans cette même cabane délabrée. Une question demeure : comment ont-elles pu survivre seules pendant toutes ces années ? Leur oncle Lucas (frère jumeau de Jeffrey) et Annabel sa petite amie (Jessica Chastain) les recueillent et tentent de les initier à une vie normale. Mais une présence inquiétante semble accompagner les deux petites filles, une présence qu’elles nomment affectueusement « mama ».


Andrés Muschietti a la bonne idée de faire évoluer son récit sur un schéma familial inédit, loin des canons de l’american way of life, ce qui rend l’évolution des protagonistes (notamment Annabel et les enfants) crédible et captivante. Annabel, bassiste dans un groupe de rock, incarne une figure maternelle peu conventionnelle, pas encore prête à embrasser la vie de maman, tandis que Lucas, en oncle aimant, est totalement dévoué à la réinsertion de ses nièces. Dans ce tableau relationnel original, le surnaturel flirte ainsi avec le réel. D’une part avec la présence des fillettes dont le comportement (du au choc culturel et affectif) instaure un malaise certain et bien entendu avec la présence d’un spectre maternel de plus en plus possessif. L’inquiétude pèse en permanence et le fantastique omniprésent, presque naturel (du moins pour les deux fillettes), s’immisce à coup d’ingénieux hors champs et plans séquences dans une parfaite gestion de l’espace.

 

Mama est un conte fantastique inquiétant, mélancolique et la poésie morbide qu’il dégage n’a de cesse d’évoquer sa thématique puissante. Tout comme les protagonistes, le film de Andrés Muschietti s’apprivoise et se laisse gagner par l’émotion, si bien que l’on tolère ses écarts d’épouvantes parfois too much ou convenus (quelques références à the Grudge, Ring et Projet Zéro). Mais qu’on se rassure Mama est bel et bien un film effrayant doublé d’une réelle psychologie, un univers dans lequel les larmes évoluent autant que la peur.



Quant à son final, on ne peut que saluer le courage du réalisateur qui est allé jusqu'au bout de son propos, en refusant de céder à un happy end convenu. En refusant tout consensus, au profit d'une monstruosité terriblement humaine, quitte à épouser une formalité lyrique et cruelle. Complexe dans la mort comme dans la vie, Andrés Muschietti démontre que l’on ne devient pas parent dans sa chair, mais dans l’amour.

samedi 23 mars 2013

CITADEL

Citadel
Irlande 2012

De Ciaran Foy
Avec James Cosmo, Aneurin Banard,
Wunmi Mosaku



Cela fait un an que le film de Ciaran Foy écume avec succès les festivals européens, un an que nous l’attendons toujours sur nos écrans… . C’est désormais possible, grâce à l’excellent Festival Hallucinations Collectives qui permettra aux lyonnais de découvrir en avant première ce chef d’œuvre, ce mercredi 27 mars au Comedia avenue Berthelot.

Si l’appellation chef d’œuvre semble parfois galvaudée, car trop facilement employée par les bloggeurs amateurs, le film de Ciaran Foy mérite amplement cette distinction, tout comme il mérite de figurer au panthéon des films cultes du cinéma fantastique.


Peinture exceptionnelle, originale et surtout haletante, Citadel est un véritable film d’horreur urbain sur fond de dégénérescence psychique, une métaphore grise et anxiogène de la violence sociale. Ciaran Foy à travers son atmosphère fantastique et terrifiante aborde le problème d’une jeunesse ultraviolente et de ces quartiers pauvres laissés à l’abandon. Mais loin de dresser un portrait alarmiste et manichéen, saupoudré de relents politiques, le réalisateur glisse habilement dans l’onirisme et la psychologie, maitrisant tous les atouts du parfait cauchemar sur pellicule.


Tissant ses propres fils scénaristiques, il exploite tous les artifices formels et psychologiques de son récit, allant jusqu’à donner une aura exceptionnelle à cette sombre architecture urbaine.

Ce cadre alambiqué et anxiogène est abordé du point de vue Tommy, un jeune père devenue agoraphobe suite l’agression brutale et mortelle de sa femme enceinte par une bande de délinquants particulièrement violents. Fortement handicapé par sa maladie, Tommy se retrouve cloîtré chez lui, terrifié à l’idée de s’aventurer dehors, incapable de fuir ce no man’s land d’humanité qu’est devenu son quartier. Lorsque le gang de gamins meurtriers menace de vouloir s’en prendre à son enfant, Tommy n’a pas d’autres choix que de se confronter à ses peurs et accompagné d’une infirmière et d’un prêtre « vigilante », il se rend dans le QG de ces créatures encapuchonnées, un immeuble abandonné baptisé : la Citadelle.

Une empathie éprouvante

La fragilité de son héros rend réellement insurmontable la menace qui plane au dessus de son bébé, car comment ne pas trembler pour ce nouveau née, quant on observe impuissant ce père tétanisé par la peur ?

La peur urbaine (le spectre de l’agression) est vraiment palpable et la tension ne se relâche que lors de très rares moments. Le spectateur ressent viscéralement, visuellement et acoustiquement (le travail de la bande son est formidable) l’éprouvant calvaire de ce père de famille en proie à une meute infernale et ses phobies.


Choisissant le prisme du fantastique, Ciaran Foy nous plonge dans le doute, dans un trouble irréel, teinté de bleus et de gris, de poussières et d’ombres. La citadelle et ses fantasmes, place cette terreur urbaine aux frontières de l’onirisme, soulevant de nombreuses questions : la nature de ces gamins encapuchonnées est-elle réellement démoniaque ? Sont-ils vraiment humains ou bien est-ce la maladie de Tommy qui fausse son jugement ? Citadel prend des allures de quête du graal et recèle une dimension cathartique indéniable. Une thérapie pour le moins dangereuse à la recherche de soi, dans un enfer mental fait de béton.

Un film sur la peur et le courage.


jeudi 10 mai 2012

La cabane au fond des bois


USA 2012
De Drew Goddard
Avec  Kristen Connolly, Chris Hemsworth,
Anna Hutchison, Fran Kranz

Ne vous fiez pas au pitch exagérément éculé et encore moins à la bande annonce, sous ses airs de nanars, la cabane au fond des bois est un concept original qui réjouira les amateurs du genre et les cyniques. La volonté de deux hommes, deux amoureux du genre Joss Whedon le papa de Buffy ici producteur et Drew Goddard (Cloverfield) réalisateur.


On cite Evil Dead, Hellraiser, the Strangers, cube et d’autres références cultes du panthéon fantastique. Avec intelligence la cabane au fond des bois, mélange les mythologies et la pop culture horrifique de divers continents.

Sans prétentions et avec tout l’amour et l’humour quant au cinéma d’horreur de ses 30 dernières années, Drew Goddard rebat les cartes, jusque dans ses protagonistes chairs à clichés récurrentes destinées à être sacrifiées sur l’autel de la morale. Un pied de nez à notre société qui se repait de stéréotypes en tout genre et qui n'a d'autres mérites que celui de vivre en sacrifiant ses enfants.


Les clins d’œil sont légions, le manque de moyens parfois flagrants, mais dans son propos Drew Goddard ira jusqu’au bout, jusqu’à une conclusion nihiliste, dénigrant en gros plan une humanité trop lâche pour affirmer son indépendance et qui ne peut assumer ses crimes que par l’intermédiaire de figures monstrueuses et expiatoires.


La Cabane au fond des bois devient alors l’étendard d’une anarchie ciné phage et révolutionnaire. Parfois maladroit, mais diablement audacieux.

Trailer :

samedi 17 mars 2012

Detachment

USA 2011
De Tony Kaye
Avec Adrian Brody, Marcia Gay Harden,
James Caan, Christina Hendricks



Le réalisateur du sulfureux American History X refait le portrait du système éducatif américain.




Henry Barthes (Adrian Brody) professeur remplaçant porte un regard triste et fataliste sur ses semblables, assigné dans un lycée difficile de la banlieue new-yorkaise, il fait la rencontre accidentelle d’une jeune prostituée, probablement mineure mais très envahissante. Par la force des choses, il décidera de l’héberger.

Tout comme la solitude construit un mur parmi les gens, Henry est un enseignant brillant mais anonyme, qui s’emploie à cultiver un détachement émotionnel sur tout. De ce fait sa situation de substitut lui sied parfaitement, puisque cet aspect éphémère, propice au non attachement, le protège de potentielles souffrances extérieures (d’autant que nous découvrirons chez lui des douleurs psychiques bien profondes). Pourtant et presque malgré lui, il fera face à la Vie et pour une fois se décidera à agir, à sa manière…


Une distribution de « piques » de la part d’un réalisateur visiblement concerné et engagé.
Tony Kaye étale ses préoccupations et dénonce la déliquescence d’une Société à travers une génération profs / parents, élèves / enfants.



Si quant à la réalisation, certains ont déploré les effets de styles (clip animés, logorrhées, soliloques face caméra...), j'ai pour ma part particulièrement apprécié et j'en aurai même voulu plus... . Ce qui m'a le plus gêné, c'est cette retenue, cette sorte de timidité formelle de la part de l'auteur d'American History X. On ne peut que néanmoins féliciter l'intention du cinéaste et la performance des acteurs incarnent avec force leur personnage quelque soit  leur imprtance.

En réalité Détachment est un film faussement subversif, plutôt tendre et mélancolique qui témoigne d’une honnêteté cinématographique indéniable. Pas assez pour déclencher la révolution qui nous démange, mais il a le mérite d’aborder frontalement plusieurs thèmes parfois tabous, polémiques (faire passer un permis d’aptitude pour les parents désireux de procréer pour savoir si ils sauront s’occuper de leurs enfants) et douloureux. Le sujet de la vieillesse est abordé sans détour à travers le grand père du héros, tout comme la transmission des traumas (Henry a-t-il été violé étant enfant ?).


Plus qu’une diatribe de l’éducation Detachment est un procès sans appel. Celui des adultes : incompétents, indifférents, pervers... et de leurs enfants tyranniques, amoraux et ultras violents.

lundi 13 juin 2011

Insidious

2011

De James Wan

Avec Patrick Wilson, rose Byrn, Ty Simpkins

Découvert en avant première pendant le festival Hallucinations collectives(1) (les gars vous remettez ça quand vous voulez et compter sur moi pour faire le buzz). C'est le retour attendu de James Wan, vous savez le petit génie qui a l’âge de 27 ans créa la franchise la plus rentable et culte de la dernière décennie : Saw. L’instigateur révolutionnaire d’un genre continu depuis Death Sentence et Dead Silence sa revisite du cinéma qu’on aime.


Détournant habilement les poncifs et respectant ses classiques James Wan apporte « insidieusement » un certain renouveau dans le film de maison hantée. Impeccable, surtout dans la peinture d’un climat familiale plausible, James Wan, servis par d’excellents acteurs parvient réellement à rendre son film effrayant.Cerise sur le gâteau, un soupçon d’originalité, ajoute à Insidious son statut d’œuvre unique dans un genre que l’on croyait éculé.

Josh, son épouse et leurs trois enfants viennent tout juste d’emménager dans leur nouvelle maison, lorsque l'aîné tombe dans un coma inexpliqué. Peu de temps après, une succession de phénomènes paranormaux commencent à faire leurs apparitions. Après avoir épuisé tous les scénarios de la science moderne, le couple se résigne à déménager. Mais la nouvelle demeure subit les mêmes assauts. Un médium leur révèle alors que ce n’est pas la maison qui est hantée, mais leur fils. L’âme de celui-ci se trouve quelque part entre la vie et la mort, dans une dimension astrale. Pour le sauver, Josh va devoir lui aussi quitter son corps et s'aventurer dans l'au-delà...

Insidious est une déclaration d’amour au cinéma de genre, le générique d’ouverture avec ses typos criardes « à l’ancienne », n’est pas sans nous rappeler tout un cinéma des années 80-90, lorsqu’adolescent je découvrais en VHS les Evil Dead et consorts.

D’une maitrise absolue, on peut dire de James Wan, qu’il sait jouer avec nos nerfs, notamment aux travers des pics de stress parfaitement maîtrisés (dont une séance de spiritisme puissamment iconographique) et une imagination de génie : quitter son corps astral pour visiter les tourments des morts.

Sortie dans les salles mercredi 15 juin.



(1) Allez les encourager ici : Hallucinations Collectives


Ce texte provient de whispering-asia, la copie intégrale est illicite!

jeudi 3 mars 2011

Black Swan

(2011)
De Darren Aronofsky
Avec Nathalie Portman, Mila Kunis,
Vincent Cassel, Winona ryder.

Nina
(Nathalie Portman) est danseuse au New York City Ballet, solitaire et perfectionniste, depuis toujours dévouée toute entière à sa discipline, elle ne vit que pour atteindre la perfection et devenir à son tour une grande étoile du ballet.

Cette abnégation, lui permet d’être repérée par Thomas (Vincent Cassel) maître chorégraphe réputé et courtisé qui souhaite mettre en scène une nouvelle version du célèbre lac des cygnes.
Dans sa vision personnelle et ambitieuse du ballet de Tchaïkovski, le cygne noir et le cygne blanc ne sont plus qu’un seul et même personnage, interprété par une seule danseuse, afin de mettre en avant la dualité de l’héroïne. Ce qui implique dès lors de trouver une interprète capable de camper la fragilité et l’innocence du cygne blanc, ainsi que l’impulsivité et la sensualité du cygne noir.

Bien qu’envisagée comme la future égérie du spectacle, Thomas reproche à Nina de ne pas suffisamment se laisser aller pour animer la flamme du cygne noir, la jugeant trop pure et trop parfaite, à défaut de Lilly (Mila Kunis), nouvelle danseuse, qui semble être son parfait opposé.

L’arrivée de la troublante Lilly, la pression exercée par Thomas, tyrannique Pygmalion, ne font qu’accroître l’anxiété et la fragilité psychique de Nina, qui au fil du temps s’enfonce au travers de sa quête de perfection, dans l’ambiguïté de la folie, un cauchemar alternatif qui révélera une part insoupçonnée de sa personnalité.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Tout commence avec un rêve, une scène de danse saupoudrée de fantastique. Fluide, subtile et éthérée, mais paradoxalement terriblement oppressante, cette scène clef augure de la thématique de l’œuvre sur le fond et sur la forme. Bienvenue à la frontière de l’art qui sépare la perfection de la folie.

Black Swan est la projection spectaculaire d’une héroïne littéralement dévorée par ses
obsessions. Dans ce rêve déjà l’omniprésence de la folie, tapie dans l’ombre du cygne noir, assaille et guette les failles de ce corps fragile afin de mieux le posséder.

Nina ne vit que pour la danse et la danse est toute sa vie. Sa mère, ancienne danseuse de ballet transpose ses ambitions et sa frustration de manière terrifiante. En réalité, Nina est incapable de trouver sa place dans ce monde, si ce n’est dans le monde du ballet. A ce titre l’interprétation à la fois physique et émotionnelle de Nathalie Portman suscite une réelle empathie. L’obsession de la perfection, le désir de reconnaissance et d’amour entraîne sa destruction et sa transformation, à la fois physique (elle souffre dans sa chair et dans ses os) et mentale.
Peu importe que l’on soit hermétique ou réceptif au monde de la danse, Black Swan est avant tout une histoire de perfection et de sa quête aliénante, qui verra naître une personnalité troublée. L’art devient identitaire, épanouissant et destructeur. Black Swan est un film sur la transformation.
Beau et puissant, le film de Darren Aronofsky est une œuvre d’art au même titre que son sujet, où le fantastique épouse la folie dans un premier degré viscérale et éprouvant. Et pour celui qui connaît le pouvoir de la démence, Black Swan fait vraiment très peur.

Ce texte provient de whispering-asia, la copie intégrale est illicite!